Guillaume Hillairet

vu par

Mathilde Roman

Faire des espaces des images, et faire espace avec l’image

La pratique de Guillaume Hillairet peut se glisser dans la fente d’un mur de jardin public, s’afficher de manière sauvage à travers des QRcodes, ou encore s’échapper de la frontalité du whitecube en investissant le dos inaccessible d’une cimaise. Ces gestes produits au fil des années se saisissent de situations et d’occasions et se renforcent dans les collaborations artistiques. L’œuvre est une relation médiatisée par l’image, par le dialogue, et par des transformations d’espaces. Guillaume Hillairet met en place des protocoles participatifs dans les espaces publics, il s’approprie les architectures et les urbanismes en les imprégnant d’un esprit de dérive situationniste. Mots et images détournent le réel pour y loger des visions poétiques et faire de la place aux corps. En 2014, il rencontre l’équipe de la Maison Départementale de la Solidarité et de l’Insertion (MDSI) à Bordeaux et débute avec elles et eux une démarche psychogéographique dans leur espace professionnel, les mettant au travail en tant qu’usageres pour réfléchir à une émancipation possible de l’atmosphère administrative de la MDSI. L’action artistique devient un workshop et l’œuvre réalisée dans l’entrée, une peinture investissant les murs et les panneaux du faux-plafond, une réalisation collective où l’énergie des participantes est indissociable de la force plastique. Inspirée de Georges Rousse dont les participanes ont pu découvrir une exposition, mais aussi des artistes importantes pour Guillaume Hillairet comme Gordon Matta-Clark, l’œuvre est une forme dans l’espace qui se sert de l’architecture et se modifie par les trajectoires de regard.

Discrète, la démarche de Guillaume Hillairet met les espaces, les usageres et les publics au centre des dispositifs et des restitutions. Dans son exposition des dispositifs pour regarder (2025), il a joué avec l’image comme « médium de l’expérience spatiale » {note}1. Investissant la scénographie d’une exposition précédente, il a habité les structures en performant l’espace par des gestes simples. Un ballon gonflable rose flottait ainsi au sol près d’une image composée de photographies de néons, elle-aussi laissée flottante sur le mur, tandis que plus loin une série de photographies cadrant des chevilles sur un chantier comme des compositions plastiques étaient contrecollées et précisément agencées devant des fenêtres. Les détails qui font support et soutien de l’architecture et de ses usages, habituellement invisibilisés, étaient ainsi placés au centre des regards. Des résidus de mobiliers étaient aussi réinvestis et agencés comme tables de monstration, tandis qu’une image, qu’on devinait plus qu’on ne voyait, se glissait entre deux cimaises séparées de quelques centimètres. Les gestes de détournement de Guillaume Hillairet sont nombreux et, en s’exposant, ses photographies s’intègrent à des images spatiales à l’échelle du lieu. La prétention de l’image à apparaître dans ces cadrages et ces compositions qui préfèrent les envers des cimaises se dégonfle pourtant comme le ballon à mesure qu’elle se dépose dans les imaginaires des spectateurrices. C’est le sourire aux lèvres et le regard troublé que l’on s’éloigne, sans oublier de se retourner pour saisir encore un dernier point de vue.

1Extrait du texte de présentation de l’exposition.

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