Calypso Debrot mène régulièrement des projets en collaboration avec sa fille Olga Roger (Ima-la-Rivière).
Emma : Pourriez-vous vous présenter ?
Olga : Moi c’est Olga Roger (Ima-la-rivière), j’ai neuf ans et demi. J’aime bien dessiner,
peindre, et faire de la danse. J’aime bien écrire des histoires et des poèmes. Je fais ça depuis
que j’ai trois ans.
Calypso : Je m’appelle Calypso Debrot, je suis la maman d’Olga. Moi aussi, je peins, j’écris
et j’essaie de faire des films. J’aime travailler avec d’autres personnes, notamment avec Olga.
Olga : J’aime bien aussi faire des photos. Je fais aussi des petits films et je les assemble avec
les films de maman. Maman fait des films, moi je fais des films, alors on les met ensemble et
ça fait un grand film.
Emma : Quels sont vos projets ensemble ? Vous faites des films, et quoi d’autre ?
Olga : En ce moment, on fait un livre. C’est un livre d’artiste, donc ce n’est pas un livre avec
des pages en papier, c’est un rouleau de tissu. On va coudre des pochettes et écrire dedans des
poèmes, et peindre le tissu.
Emma : Est-ce-que vous travaillez ensemble au quotidien ?
Olga : Ça dépend des jours. Une fois, on a fait deux grandes peintures sur du tissu, ça
s’appelle Quitter le naturalisme. On l’a exposé au FRAC de Bordeaux.
Emma : C’était la première fois que vous faisiez une exposition ensemble ?
Calypso : On avait déjà montré notre travail à Notre-Dame-Des-Landes. Depuis qu’Olga a
trois ans, son travail dialogue souvent avec le mien, ou c’est le mien qui dialogue avec le sien.
Ça arrive souvent que j’invite Olga aux expositions qu’on me propose. On avait fait une
fresque collective aussi à Artexe, à Tardets. Olga filme aussi, ses images se mélangent à mes
journaux filmés. En fait, on travaille ensemble très souvent, mais ce n’est pas vraiment
formalisé. C’est assez spontané, c’est naturel.
Olga : Maintenant, j’ai moins de temps pour aller à l’atelier. Je fais de la danse au
conservatoire, et puis l’école.
Emma : Il y a donc des choses que vous faites ensemble, mais est-ce-qu’il y a des choses que
vous faites chacune de votre côté ? Quand est-ce-que vos gestes se mêlent ?
Olga : Parfois, je dessine et Maman fait autre chose.
Calypso : Quand on travaille ensemble, Olga a souvent un rôle que je n’ai pas. Par exemple,
quand elle peint des animaux ou des fleurs, des plantes, elle les fait mieux que moi. C’est
beaucoup plus tendre et vivant dans ses dessins. Pour le livre d’artiste, par exemple, c’est
surtout Olga qui a peint car elle est plus douée.
Olga : Oui, mais pour les visages, la perspective, ou s’il faut dessiner un miroir, c’est plutôt
maman.
Calypso : Mais on n’a pas eu à dessiner de miroir !
Olga : Non, mais par exemple, je ne pourrais pas dessiner une chaise de face. Toi, oui.
Calypso : Peut-être que je suis plus technique, et Olga plus sensible. On ne se le dit pas
vraiment, mais quand on bosse ensemble, ça va de soi. Olga est petite, donc il y a des choses
dont je me charge, comme la couture, car j’ai plus d’expérience.
Olga : Avec maman, j’ai un peu appris à coudre avec la machine et parfois je fais de la
couture de perle à la main. Je peux faire des petits dessins à la couture, pas beaucoup de
grands.
Emma : Est-ce-que vous travaillez avec d’autres enfants, adultes ou collectifs ?
Olga : Avant, maman faisait des ateliers avec les enfants, mais on peut plus maintenant car le
nouvel atelier où on est, c’est chez quelqu’un. On ne peut plus inviter d’enfants. On avait
commencé à faire un film.
Calypso : Oui, mais dans ce cadre c’était plutôt de la transmission que de la création. En
termes de création collective, c’est vrai qu’on travaille plutôt en duo, sauf pour quelques
événements, comme le dessin de la fresque à Tardets, ou certains projets avec Maya avec qui
je prépare un film, Dix secondes tigre . Il porte sur la maternité, entre autres, et parle beaucoup
de nos enfants, donc Olga est un peu impliquée dans ce projet.
Emma : Tu dirais que ce film est plutôt un projet sur vos enfants, plutôt qu’avec elleux ?
Calypso : Oui, même si on leur demande un peu d’aide pour de l’écriture de poèmes par
exemple. C’est un film sur la façon dont nos enfants entrevoient, perçoivent le monde et notre
rapport aux luttes sociales et pour l’écologie. On aimerait que ce soit une sorte de journal à
plusieurs, qui interroge la façon dont on peut continuer à vivre, à s’émerveiller dans un monde
qui part en cacahuète.
Olga : Dans les autres projets comme Quitter le naturalisme, on parlait de ne pas utiliser les
produits [phytosanitaires]. Souvent, quand on travaille avec maman, on parle de la planète et
de l’écologie.
Emma : Votre travail ensemble, il vient de beaucoup de discussions ?
Calypso : Oui, ça c’est sur. Il vient de questions qu’on se pose ensemble. Olga me pose aussi
beaucoup de questions sur la politique, l’écologie, la fabrication des continents, les plaques
tectoniques, l’univers, la lumière, les cellules… Ça nous amène à plein d’interrogations, à
prendre position et y réfléchir ensemble. On garde en tête que le monde dans lequel on vit
actuellement est le monde qu’on prépare pour les enfants qui sont déjà là, c’est une forme de
legs. On transmet des cultures, des savoir-faires, des positionnements. A travers les questions
et les discussions qu’on a avec Olga, il y a cet héritage auquel on pense. Qu’est-ce-qu’on peut
faire actuellement pour faire en sorte que demain soit viable ? Sans imaginer tout ce qu’on fait
au présent par rapport au futur, mais c’est sur que cette dimension est omniprésente. Je sens
que ça va dans les deux sens : Olga demande des réponses, et je lui renvoie surtout des
questions. On ne sait pas vraiment comment se positionner par rapport au monde, et les pièces
qu’on crée ensemble raconte ces questionnements, cette joie de voir de la beauté partout et de
vouloir en prendre soin, il s’agit de fabriquer des imaginaires qui nous permettent aussi d’en
prendre soin. Ça va ce que j’ai dit ?
Olga : Oui !
Emma : Est-ce-que vous connaissez d’autres personnes qui travaillent ensemble comme vous
le faites, entre enfant et adulte, ou est-ce-que vous avez le sentiment que ce que vous faites est
un peu exceptionnel ? Pourquoi est-ce-que c’est important pour vous ?
Olga : Travailler ensemble c’est bien, car on a deux idées qui se mélangent, et ça fait un tout.
Calypso : Je suis d’accord avec toi ! Je trouve que la création des enfants en général est sousestimée
et sous-valorisée, et j’ai du mal à comprendre pourquoi.
Olga : Parce qu’on a un imaginaire qui n’est pas pareil que celui des adultes !
Calypso : C’est important de travailler ensemble…
Olga : … pour avoir des idées !
Calypso : Oui, mais pas seulement, non ? Ou alors des idées plus vastes.
Olga : Et pour être ensemble.
Calypso : Oui, on a vraiment plaisir à être ensemble. C’est très important, de se dire que
travailler ensemble ça nous fait nous poser des questions avec un regard différent. En même
temps, il y a quelque chose de l’ordre de la tendresse. On a de l’amour l’une pour l’autre. Etre
dans cette forme-là de tendresse pour créer, ça a du sens. Donner à la création de l’amour, du
soin…
Olga : Parfois c’est pour apprendre à l’autre une manière qu’on a, quelque chose qu’on a et
qu’on veut partager. Apprendre à l’autre quelque chose, et que l’autre nous apprenne quelque
chose.
Calypso : On ne connait pas vraiment d’autres personnes qui travaillent comme on le fait. Il y
a des poétesses que j’aime, qui ont commencé à écrire à l’âge d’Olga, comme Maria de Las
Estrellas ou Alessandra Pizarnik, ou Sabine Sicot. Ce sont de très jeunes poétesses qui ont
écrit des choses merveilleuses. Elles n’ont pas forcément fait ça avec des adultes, sauf peut-être
Maria de Las Estrellas qui a créé avec un ami proche de sa famille, qui l’a soutenue. On
ne parle pas exactement du même engagement de la part des deux personnes par rapport à
notre travail avec Olga, mais il y a quelque chose ici qui tient aussi de la volonté de donner de
la place à l’imaginaire d’un enfant et à sa création, et de faire en sorte que cette création
déborde du cadre de la création enfantine. Sans essayer de la faire devenir autre chose, mais
de la regarder en tant qu’œuvre indépendamment de l’âge de la personne. Olga a neuf ans et
demi, mais quand elle crée, la profondeur de ce qu’elle crée n’a pas d’âge. J’adore être sa
maman, mais quand on crée, ce n’est pas le rapport mère-fille qui prédomine, mais quelque
chose d’âme à âme. Nos âmes s’aiment et ont du respect l’une pour l’autre dans ce qu’elles
racontent.
Emma : Olga, est-ce-que on te considère comme une artiste aussi ailleurs qu’à l’atelier, à
l’école par exemple ? Est-ce-que tu as d’autres endroits où tu te sens aussi libre de créer ?
Olga : Au conservatoire, oui, car je peux danser. Ça me permet de m’exprimer.
Calypso : Je pense qu’au conservatoire, comme à l’atelier, il y a des moments assez
techniques dans lequel il y a une rigueur qui est attendue. Pour autant, ce sont aussi des
espaces où j’ai vu qu’Olga a complètement changé, grandi et muri, car c’est justement au
conservatoire qu’on ne la considère plus comme être pas terminé mais comme quelqu’un qui
crée de la beauté et donne à voir des émotions par ses mouvements. On a assisté à un cours
pour les journées portes ouvertes et malgré les règles à suivre de la chorégraphie, il y a une
immense liberté dans la danse et dans la manière que les enfants ont de s’approprier les
mouvements. La liberté est en jeu dans la considération qu’on porte à l’autre.
EMMA JE NE ME SOUVIENS PAS VRAIMENT DE CE QUE J AI DIS ICI MAIS CA
N’ETAIT PAS CELA… je crois que je disais quelque chose du genre, que la liberté peut
naitre dès lors que la personne est pleinement considérée…. Bref…
Emma : Est-ce-que vous avez des projets en cours ?
Olga : On doit finir le livre d’artiste pour fin janvier, donc on n’est pas sur autre chose car
c’est assez long à faire.
Calypso : Olga a écrit beaucoup de poèmes et je fais des dossiers pour les envoyer à des
concours de poésie.