Construction

Gérard Lapalus, 2011

Construction, 1994, Le Magasin, Grenoble

La vive lumière zénithale de la verrière du Magasin confère à la « Construction » de Jacques Vieille une blancheur quasi irradiante. Le plâtre est un matériau qui ne se prête pourtant guère aux effets mais il impose ici, spectaculairement, sa pulvérulente matière. Le mur en zigzag qui descend vers le spectateur n’est constitué que de simples carreaux de Placoplâtre. Ses minces plaques verticales sont retaillées en parallélogrammes. L’empilement progressif de ces modules entraine la déclivité du mur qui s’élève en six volées dans un fragile équilibre. Si la stabilité de l’ensemble est assurée par une ossature en bois, les pentes produisent des effets perspectifs, perturbants pour le visiteur. La saturation lumineuse, l’éclair en zigzag de la ligne de crête, le discret carroyage des parallélogrammes font appréhender la « Construction » plus mentalement que physiquement. Dans cette gypsothèque sans figures ni volumes, elle semble perdre sa troisième dimension au profit d’une pétrification graphique où la planéité, la rigueur des lignes et du découpage, entrainent une paradoxale instabilité visuelle. Le précaire rempart de plâtre réussit ainsi à s’imposer sous l’impressionnante structure métallique du hall, à en perturber la circulation ; la vision de l’ensemble bénéficie du vif contraste des deux matériaux.

Une semblable confrontation s’est déjà jouée, en 1994, dans l’église-musée Saint-Nazaire de Bourbon-Lancy : une longue et mince paroi de carreaux de plâtre « dressée sur chant » monte vers le chœur, épaulée par quatre diverticules ; au bel appareillage roman s’oppose la blancheur de cette falaise crayeuse. La pièce de Grenoble est ainsi, dans une autre configuration, la version nouvelle d’une œuvre.

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