C’était pour Laërte

2021-2022
Installation constituée de 4 éléments - les pièces ont-elles des titres, des dimensions ?
Une chambre noire/tipi peinte
Un établi de chêne et de merisier sculpté à la gouge
Une table de montage en merisier, chêne et platane
Une pellicule tissée en lin et montée sur des bobines en céramique et laurier
Réalisé dans le cadre de la résidence Point de Liage sur Echiquier Perforé, LIEU, 2021
Exposition C’était pour Laërte, Centre d’art contemporain Image/Imatge, Orthez, 2022

 

 

Au sein de la résidence Points de liages sur échiquier perforé, Calypso Debrot trace les liens qui unissent cinéma et tissage. Il s’agit de retrouver les gestes premiers, ceux qui inscrivaient dans la trame des sens et significations qui aujourd’hui se perdent et disparaissent. Au travers de techniques marginales, expérimentales ou ancestrales, l’artiste part à la recherche d’une forme pure de narration.

Cécile Archambaud

Directrice du Centre d’art contemporain Image/Imatge, Orthez

 

 

Pénélope a fait du tissage un symbole mythologique en tissant chaque jour et en détissant chaque nuit. Ce qu’elle tissait devait être le linceul de Laërte, le père d’Ulysse. Le tissage a toujours ( comme le cinéma ) servi à garder / conserver / respecter les morts. Par ailleurs et c’est très important, Imago, soit l’ancêtre du mot « image » vient de cette couche de cire qu’on appliquait sur le visage des morts afin de garder leur empreinte. Les momies sont enroulées dans des bandelettes tissées de lin, et les premières images argentiques se sont posées aussi fréquemment sur des vivants que sur des cadavres...
Retenir la lumière ou retenir la vie par le biais de procédés de conservation...

Calypso Debrot

 

 

[...] Ce projet m’a amené à considérer avec plus encore de conscience et d’implication le rapport que nous entretenons avec le monde végétal, et plus largement avec le monde sauvage (qu’il soit minéral, végétal ou animal). Si nous nous accordons pour dire qu’il est l’un des enjeux central de notre époque, qu’il est le terreau des origines de toutes nos cultures et savoirs-faire, on lui cède dans notre vie quotidienne une place très petite, absurde…

Tandis qu’à nouveau nous cherchons à entrer en contact avec lui, nous ré-apprenons les gestes et énergies qui nous viennent, pas toujours spontanément, afin de comprendre son langage. Peut-être alors, sentons nous que nos oreilles ont été façonnées par le cri du loup, par le bruit du vent, par les chants des vagues ; que nos yeux savent reconnaître plus facilement qu’on ne pourrait le croire les différentes espèces végétales, et que finalement nous sommes bien à notre place dans la physicalitée de la nature. Mais il ne s’agit pas de retrouver dans le monde sauvage le même système d’ordonnancement qui prévaut dans nos cultures dites civilisées, on se mettrait alors à manger des colchiques au lieu d’ail des ours, non, il s’agit là, d’ouvrir nos capteurs au langage d’un monde qui n’a pas choisi les mots, qui a préféré les relations aux mots, les adaptations ou les mouvements à la fixité. [...]

Calypso Debrot, texte de fin de résidence (extrait)

 

 

Crédits photographiques : Gaëlle Deleflie